Levinas sur la trace
tiré de "En découvrant l'existence avec Husserl et Heidegger"
- "Si la signifiance de la trace consiste à signifier sans faire apparaître..." (278)
- "...prise pour un signe, la trace, par rapport aux autres signes a encore d'exceptionnel ceci : Elle signifie en dehors de toute intention de faire signe et en dehors de tout projet dont elle serait là visée. (278-279).
- La trace authentique (...) dérange l'ordre du monde. Elle vient en surimpression. Sa signifiance originelle se dessine dans l'empreinte que laisse celui qui a voulu effacer ses traces dans le souci d'accomplir un crime parfait, par exemple. Celui qui a laissé des traces en effaçant ses traces n'a rien voulu dire ni faire par les traces qu'il laisse. Il a dérangé l'ordre d'une façon irréparable. Il a absolument passé. Être en tant que laisser une trace, c'est passer, partir, s'absoudre. (279)
- La trace est l'insertion de l'espace dans le temps. (281)
- Une pierre a rayé une autre. La rayure peut être, certes, prise pour une trace; en réalité, sans l'homme qui a tenu la pierre, la rayure n'est qu'un effet. Elle est aussi peu trace que le feu de bois est la trace de la foudre. La cause et l'effet, même séparés par le temps, appartiennent au même monde. Tout dans les choses est exposé, même leur inconnu: les traces qui les marquent font partie de cette plénitude de présence, leur histoire est sans passé. La trace comme trace ne mène pas seulement vers le passé, mais est la passe même vers un passé plus éloigné que tout passé et que tout avenir, lesquels se rangent encore dans mon temps, vers le passé de l'Autre, où se dessine l'éternité – passé absolu qui réunit tous les temps. (281)